Est de la RDC : Kinshasa presse l’Union africaine de sortir de la retenue face à l’escalade

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Mnaffet

La Ministre d’État, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a pris part à la 1321ᵉ réunion du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine, tenue au niveau ministériel et consacrée à l’examen de la situation sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Dans son intervention, la Ministre d’État a dressé un tableau préoccupant de l’évolution de la situation sur le terrain, marquée par une escalade militaire du Rwanda et de l’AFC/M23, intervenue moins de vingt-quatre heures après la signature de l’Accord de Washington du 4 décembre 2025. Cet accord, facilité par les États-Unis d’Amérique, visait pourtant à instaurer une dynamique de désescalade, de cessation des hostilités et de stabilisation durable dans la région des Grands Lacs.

Selon la RDC, les violations constatées — bombardements, usage de drones explosifs, avancées militaires coordonnées et occupation de zones stratégiques du Sud-Kivu, notamment à Uvira et dans la plaine de la Ruzizi — constituent une remise en cause flagrante des engagements pris, ainsi qu’une violation du cessez-le-feu exigé par l’Accord de Washington et par la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces actes ont entraîné de lourdes conséquences humanitaires, avec plus de 500 000 personnes nouvellement déplacées, aggravant une crise déjà parmi les plus sévères au monde.

La Ministre d’État a insisté sur le risque réel de conflagration régionale, soulignant que les incidents transfrontaliers exposent les pays voisins, notamment le Burundi, à une escalade aux conséquences imprévisibles. Elle a également dénoncé la spoliation des ressources minières congolaises, l’entrave à l’accès humanitaire et la mise en place d’administrations parallèles sur les territoires occupés, en violation de l’Acte constitutif de l’Union africaine et de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

Tout en réaffirmant l’attachement indéfectible de la RDC aux solutions pacifiques, au multilatéralisme et au principe des « solutions africaines aux problèmes africains », la Cheffe de la diplomatie congolaise a souligné qu’aucun processus de paix ne peut survivre à des violations répétées et impunies. Elle a rejeté toute instrumentalisation de l’ethnicité et rappelé que la protection des populations civiles demeure une priorité absolue de l’État congolais.

Dans ce contexte, la République Démocratique du Congo a appelé le Conseil de Paix et de Sécurité à assumer pleinement ses responsabilités et à refléter, dans son communiqué final, sept attentes majeures formulées par la RDC :

  1. Condamner la violation de l’Accord de Washington et de la résolution 2773 du Conseil de sécurité par le Rwanda ;
  2. Condamner l’agression organisée par le Rwanda et exiger le retrait immédiat et inconditionnel de ses troupes des territoires congolais occupés illégalement ;
  3. Condamner l’exploitation illégale des minerais congolais ainsi que l’exécution sommaire de civils, notamment à Uvira ;
  4. Condamner l’instauration d’administrations parallèles par le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC/M23 dans les zones occupées ;
  5. Réaffirmer le caractère contraignant des décisions du Conseil et des engagements pris par les parties, ainsi que la nécessité de leur mise en œuvre effective ;
  6. Assurer un suivi rigoureux et crédible des violations du cessez-le-feu et des atteintes à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États membres, afin de prévenir l’impunité ;
  7. Garantir la protection des populations civiles comme priorité absolue, notamment par un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave.

La RDC a, en outre, encouragé le Conseil à envisager des mesures dissuasives appropriées, y compris des sanctions ciblées contre les responsables des violations graves, le renforcement des mécanismes d’enquête et de redevabilité, ainsi qu’un appui accru aux dispositifs de protection des civils. Elle a rappelé le précédent de 2008, lorsque le Conseil avait exigé le retrait immédiat et inconditionnel des forces érythréennes du territoire de Djibouti, démontrant ainsi sa capacité à agir avec fermeté lorsque l’intégrité territoriale d’un État membre est menacée.

Elle a appelé le Conseil de Paix et de Sécurité à agir avec détermination afin que l’espoir suscité par les récents engagements de paix ne soit pas compromis et que la région des Grands Lacs retrouve la stabilité à laquelle ses peuples aspirent légitimement, soulignant que ce qui est en jeu dépasse la RDC et concerne la crédibilité même de l’engagement collectif de l’Afrique en faveur de la paix et de la souveraineté.

https://diplomatie.gouv.cd/2025/12/29/est-de-la-rdc-kinshasa-presse-lunion-africaine-de-sortir-de-la-retenue-face-a-lescalade/

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